Dans le cadre de la commémoration de la béatification des Bienheureux Michel Coquelet et Jean Wauthier morts respectivement en 1961 et 1967, la paroisse Sainte-Claire a accueilli une conférence particulièrement émouvante consacrée à l’Église en Asie du Sud-Est, depuis le temps des martyrs du Laos jusqu’à aujourd’hui.
Trois missionnaires Oblats de Marie Immaculée — les Pères Antoine et Emmanuel, ainsi que le Frère Bertrand — sont venus partager leur expérience et leur témoignage. Tous ont été profondément touchés par l’hommage rendu à leurs confrères missionnaires, reconnus martyrs pour le Christ et béatifiés en 2016 avec d’autres martyrs du Laos.
Le Père Antoine, prêtre d’origine laotienne et issu du peuple Hmong, a profondément touché l’assemblée par son témoignage. Sa famille compte parmi les premières converties grâce à l’action des missionnaires. Lors de la préparation de cette conférence, il a été saisi par une vive émotion en découvrant, dans un documentaire tourné en 1956 par un Oblat et dont il ignorait l’existence, des images de sa propre famille : son arrière-grand-père, sa grand-mère et son père, sortant de l’église de leur village de Kiu Ka Chiame. Il y reconnaît également son oncle Ying Yang, passager sur la moto du père Yves Bertrais.
Ce film offre un témoignage précieux sur la mission oblate auprès des différentes populations : en plaine, chez les Lao, avec la mise en place d’infrastructures telles que l’église, le pensionnat ou la maison de catéchisme ; en montagne, chez les Khmu — peuple des Bienheureux Jean Wauthier et Michel Coquelet — que l’on voit se rendre à une rencontre annuelle avec leur supérieur, aux côtés d’autres missionnaires. Les découvrir ainsi, souriants et confiants, sans connaître l’épreuve qui les attend, suscitent une profonde émotion.
En partageant ces images, le Père Antoine a exprimé avec joie et fierté la mémoire de ses ancêtres, pionniers de la foi, rappelant combien l’héritage des Bienheureux martyrs demeure vivante aujourd'hui, à travers les générations et les continents.
Les missionnaires Oblats sont arrivés au Laos en 1936, dans un contexte déjà marqué par des tensions et des violences. Certains, ainsi que des catéchistes locaux, ont payé de leur vie leur fidélité au Christ. En 1975, avec l’arrivée du régime communiste, de nombreux chrétiens furent expulsés. La mission s’est toujours inscrite dans une réalité culturelle riche et complexe : langues multiples, traditions animistes et bouddhistes, importance de la musique, de la danse et de l’hospitalité. Chez les Hmong, dont la langue était uniquement orale, les missionnaires ont même contribué à créer un alphabet afin de permettre la traduction de la Bible.
Ces missionnaires ont partagé la vie quotidienne des populations, travaillant dans les rizières, apprenant les langues locales et tissant des liens profonds. La Parole de Dieu était ainsi annoncée au cœur même de la vie des peuples. La mission oblige à se déplacer de village en village, certains étaient à pied, d’autres en vélo et souvent à cheval, dans des conditions simples et exigeantes. Fonder une mission signifiait avant tout établir une communauté vivante, dont l’église à construire devenait le centre.
Le père Antoine a également évoqué l’histoire de son grand-père, chamane dans la tradition locale, où les esprits occupent une place centrale. Désireux d’être libéré de cette charge, celui-ci est tombé gravement malade. C’est alors qu’un missionnaire lui a annoncé le Christ, venu libérer de toute peur et révéler le Dieu d’amour. Sa conversion a marqué un tournant pour toute la famille.
Le père Emmanuel, d’origine vietnamienne, a quant à lui retracé l’histoire de l’évangélisation de son pays, commencée dès le 16e siècle par des missionnaires européens Jésuites. Les persécutions ont été nombreuses, causant la mort de près de 100 000 chrétiens en trois siècles. Contraint de quitter son pays avec sa famille sous le régime communiste, il y est ensuite retourné comme missionnaire Oblat. Il a témoigné des défis d’un tel retour, mais aussi de sa profonde gratitude envers les générations de missionnaires qui ont semé la foi. Aujourd’hui, environ 150 Oblats poursuivent cette mission au Vietnam, au service des plus pauvres.
À l’échelle mondiale, les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée sont aujourd’hui environ 3 400, prêtres et frères, engagés dans l’évangélisation des plus délaissés. Fondée en 1816 à Aix-en-Provence par saint Eugène de Mazenod, leur congrégation se caractérise par une attention particulière aux périphéries, à la mission populaire et à la dévotion mariale. Leur vocation demeure inchangée : annoncer l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas le Christ ou qui s’en sont éloignés.
Cette conférence a permis de mesurer combien le témoignage des Bienheureux Jean Wauthier et Michel Coquelet s’inscrit dans une histoire missionnaire toujours vivante, portée aujourd’hui encore par des hommes engagés au service de l’Évangile.
Pour en savoir plus :
Les livrets retraçant les parcours de Jean Wauthier et Michel Coquelet, ainsi que le DVD du documentaire tourné dans les années 1950 au Laos sont disponibles à la maison paroissiale de Fourmies 6 rue Chamoine Thuliez, ouverte tous les jours de 10h à 12h.
Sur les Oblats : Site officiel des Oblats de Marie Immaculée : www.omiworld.org
Chrystèle Godbille